pages :224
prix :
99 Frs
isbn :
2-84441-004-9
format :
174 x 110 mm
 
Une histoire d'amour, essai sur la République française
François Devoucoux du Buysson

collection : Manifeste

Une histoire amour lie le peuple français et la République. Une relation intime, une union librement consentie, une aventure partagée, quelles que soient les circonstances. Un engagement fondé sur l'égalité, la volonté de vivre ensemble, la confiance. Mais, pour qu'une histoire d'amour se fortifie, pour qu'elle mûrisse, il faut que ses deux protagonistes la fassent vivre tout autant. C'est ce qui est en jeu dans la contestation sans précédent qui fait aujourd'hui vaciller la République sur ses principes fondateurs, plongeant ainsi le peuple français dans un profond désarroi, voire dans la détresse. C'est dans la crise que l'on expérimente la force de l'amour, que les liens se resserrent. Le peuple gronde lorsque la République est menacée dans son principe car il attend justement qu'elle soit suffisamment forte pour le protéger de l'injustice d'un monde de plus en plus soumis aux lois d'airain du marché. C'est cette histoire d'amour, souvent tumultueuse, faite de brisures et de retrouvailles et qui n'a pas encore donné tous ses fruits que relate ce livre en alliant la fougue de la passion et la précision de l'analyse. Un pamphlet, en guise de défense et illustration de la République, signé François Devoucoux du Buysson.


Âgé de 27 ans,
diplômé en sciences politiques et en finance, François Devoucoux du Buysson est, comme beaucoup de Français, orphelin de la République dont il ne reconnaît pas le visage dans les partis politiques. Il appartient au Bureau de la Fondation du 2 Mars (ex-Fondation Marc-Bloch).



Interview de l'auteur
Pourquoi avoir écrit ce livre ?


Très jeune, j’ai forgé ma conscience politique en lisant l’histoire de la Révolution française. J’ai été frappé de constater que les débats ont peu évolué depuis la Ière République. Ils portent souvent sur l’idée d’égalité qui est le principe premier de la République. Aujourd’hui, les polémiques sur la justice, la Corse, la fiscalité ou l’intégration ne sont finalement que des déclinaisons du débat sur l’égalité.

Le titre du livre est pour le moins inattendu?

Et pourtant, il s’impose ! Parler de liberté, d’égalité, de fraternité, c’est avant tout proclamer l’amour du genre humain. Ce qui définit la République, c’est la confiance qu’elle a dans l’homme, dans la capacité de chacun de prendre son destin en main et d’apporter ce qu’il a et ce qu’il est à la communauté.

Comment situer la question de la République dans les querelles politiques d’aujourd’hui ?

La mondialisation, l’intégration européenne, la régionalisation posent la question de la République. C’est un débat qui va bien au-delà du clivage droite/gauche. Ou plutôt, un débat qui renvoie au clivage droite/gauche tel qu’il existait sous la Révolution, lorsqu’il distinguait les uns et les autres selon leur conception de l’égalité.

Ainsi, le Parti socialiste n’incarne plus la gauche dès lors qu’il s’est converti à une conception a minima de l’égalité qui ne se distingue guère de celle de la droite libérale. De ce point de vue, l’affrontement Chirac-Jospin est vide de sens, stérile.

Dans ces conditions, comment peut-on redonner du sens au débat politique ?

Il serait salutaire de revenir à un débat du type Jacobins/Girondins qui ne se limiterait pas à une querelle lénifiante sur la décentralisation. Ce qui opposait les Girondins et les Jacobins, c’était avant tout leur conception de l’égalité sur de nombreux sujets : les droits sociaux, le caractère sacré de la propriété, l’intervention de l’Etat dans l’économie et bien sûr l’organisation territoriale.

Mais concrètement, qui pourrait incarner un tel débat de nos jours ?

C’est difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que la République mérite mieux qu’un match Chirac-Jospin. Un affrontement au second tour entre François Bayrou, qui se considère comme l’héritier des Girondins, et Jean-Pierre Chevènement, qui a toujours revendiqué sa filiation avec les Jacobins, aurait davantage de sens. La question de la République serait alors au cœur du débat politique. J’espère que mon livre y contribuera, mais j’ajoute que les principes comptent davantage que les personnes qui les portent.


Marianne, n°202, semaine du 5 au 11 mars 2001, p. 41.
François Devoucoux : " En Corse, même les banques baissent les bras".
Dans un essai récent (1), François Devoucoux du Buysson, raconte son une mission de contrôle en Corse qui lui a laissé un goût amer.


Marianne: Vous avez audité l’agence corse d’une grande banque française. Quelle souvenir retirez-vous de cette mission?

François Devoucoux : Il est d’usage d’incriminer l’impuissance de la République en Corse. Pourtant, ce n’est pas seulement l’Etat qui semble avoir baissé les bras devant “ l’exception corse ”, les firmes privées ont elles aussi manifesté une étonnante bienveillance à l’égard des “ coutumes ” de l’île. C’est particulièrement vrai dans le secteur bancaire comme l’a montré l’exemple édifiant du Crédit Agricole. La mission d’audit à laquelle j’ai participé pour un autre établissement a fini de me convaincre que la Corse était un marché qui n’obéissait pas aux règles de saine gestion.

Marianne: Et dans le détail?

F.D: En passant au crible les comptes des agences de l’île, j’ai d’abord été frappé par la prédilection des Corses pour les opérations en liquide. Cela se traduit par l’ampleur des sommes déposées sur les comptes de particuliers. Alors que la Corse est la région la plus pauvre, l’encours moyen des comptes, 20 000 francs environ, y est deux fois plus élevé que la moyenne nationale. Autre élément troublant: le nombre de défaillances sur les crédits: un dixième des prêts consentis en Corse sont remboursés par les assurances, quand la proportion nationale est, elle, infinitésimale. Pire, certains clients ont profité de toutes les restructurations des prêts mises en œuvre par l’État que l’inspection des finances n’a pas hésité à qualifier de système de cavalerie.

Propos recueillis par Em. L.

(1) Une histoire d’amour, Essai sur la République française. L’Écart, 220 p, 99F.


L’Hémicycle, semaine du 2 mars 2001, p. 14.
UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

La République est menacée, les Français s’éloignent dans un profond désarroi ou désintérêt… Des phrases qu’on lit et relit au point de se demander si le pessimisme politique en plus d’être à la mode ne serait pas vendeur. Et pourtant, des auteurs, sur ce sujet, arrivent encore à surprendre, comme Devoucoux du Buysson, 27 ans, qui parle aussi d’amour et de passion. " Si bien des soldats de l’An II sont morts pour la République, personne n’est mort pour le parti radical ", lançait le général de Gaulle. Cette boutade résume à elle seule la problématique du malaise actuel et de ce livre franc et intelligent, qui traduit au plus juste la flamme qui anime son auteur. Débutant par les derniers instant de Saint-Just et de Rossel, unis par leur foi dévorante dans la République, suivis d’une série de réflexion sur l’égalité et la nation, cet essai rappelle héroïquement et parfois un brin romantiquement que la politique est avant tout une histoire d’amour.
Alexia Delrieu



Le Monde 25 mai 2001
UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE


La République est en danger. Nombreux sont ceux qui nous appellent à la sauver. Bastien François et François Devoucoux du Buysson sont de ceux-là. Le premier est professeur de sciences politiques à Paris-I ; du second on ne sait rien sinon qu'il a vingt-sept ans et qu'il a participé en 1998 à une mission d'audit auprès de l'agence corse d'une grande banque française. L'un et l'autre s'efforcent de définir le trait principal de la République. Selon la célèbre distinction de Montesquieu dans L'Esprit des lois, Bastien François s'intéresse plus à sa "nature", c'est-à-dire à ses institutions, François Devoucoux du Buysson à son "principe", c'est-à-dire à son esprit. Pour le premier, le maître mot est celui de "responsabilité" ; pour le second, c'est celui d'"égalité".
Selon Bastien François, la Ve République est en effet un régime "qui ne sait plus ce que "responsabilité" veut dire", un régime qui a fait de l'"irresponsabilité politique" sa règle. A l'origine, dit-il, il y a le climat de guerre civile dans lequel est né le régime gaulliste, il y a une Constitution élaborée dans le secret et l'improvisation, il y a surtout une idéologie, celle des "modernisateurs" qui rêvent d'"une administration "scientifique" de l'Etat", une administration "débarrassée des "calculs" politiques" et confiée aux experts plutôt qu'aux élus. Un nouveau mode de régulation politique, porté par "l'alliance des hauts fonctionnaires et des représentants socioprofessionnels", s'installe : pour ces nouvelles élites, "le Parlement n'est plus le lieu de la décision politique".
C'est le président de la République qui gouverne, "à l'abri durable du Parlement".
Avec l'apparition de majorités disciplinées (le "fait majoritaire"), puis le rôle croissant du Conseil constitutionnel qui en est venu à juger le "contenu même de la loi"(sous le "masque du droit"), "l'assainissement du parlementarisme, voulu par les constituants" s'est transformé en "effacement chronique du Parlement". La Constitution s'est révélée comme "une entreprise de soumission du parlementarisme"au profit d'un président "politiquement irresponsable". Ainsi s'est mis en place "un système profondément déséquilibré" où, sous couvert de l'onction électorale, "le président de la République gouverne sans avoir de comptes à rendre à personne".
Que faire ? Bastien François va jusqu'au bout de sa logique en proposant des mesures radicales. Il faut, dit-il, "trancher le nœud gordien" en supprimant l'élection du président de la République au suffrage universel. Il faut cantonner le chef de l'Etat à ses "fonctions d'arbitrage" en l'empêchant de "s'immiscer dans le fonctionnement quotidien du gouvernement". Il faut faire du Parlement "un vrai lieu de confrontation politique" en supprimant toutes les procédures qui le transforment en "pitoyable ectoplasme" et en remplaçant le Sénat par "une chambre élue au scrutin proportionnel par l'ensemble de la population". Autre suggestion : faire élire les membres du Conseil constitutionnel par les parlementaires, à une majorité des deux tiers, afin de "politiser" explicitement l'institution.
Pour l'auteur, le parlementarisme apparaît comme la vérité de la démocratie. C'est un choix, qu'il défend avec d'excellents arguments. Du même coup, il écarte, sans les examiner, d'autres hypothèses, comme celle du régime présidentiel, qui organise l'indépendance mutuelle de l'exécutif et du législatif, sans encourager nécessairement "une mystique du chef", dénoncée à juste titre par l'auteur. Mais il est vrai que le parlementarisme est plus conforme à la tradition républicaine de la France et à la pratique politique de ses voisins européens.
Le pamphlet de François Devoucoux du Buysson ne manque pas d'allant, même s'il épingle un peu légèrement le philosophe américain John Rawls et l'un de ses zélateurs français, Alain Minc, coupables de prétendre substituer le concept d'équité à celui d'égalité, c'est-à-dire de défendre, sans le dire, les inégalités. L'auteur se réclame crânement de Saint-Just, l'homme de la Révolution française, et de Rossel, l'homme de la Commune, pour lancer un vibrant "manifeste" en faveur de l'égalité, autrement dit de la République.
"Le marché qui fonde la société libérale ne reconnaît pas le principe d'égalité", estime-t-il, alors que la République en fait son objectif. Voilà pourquoi elle est "le plus dangereux des adversaires que le capitalisme a vu se dresser devant lui". La République contre le capitalisme, tel est le nouveau credo. Ceux qui s'en réclament exècrent, entre autres, comme l'auteur, l'Europe, l'ex-fondation Saint-Simon, les nationalistes corses, le libéralisme économique ou "ces élites qui désespèrent le peuple depuis trop longtemps". Une polémique qui fait partie, aujourd'hui, de l'air du temps.
Thomas Ferenczi


La Croix 6 juin 2001  
UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE


François Devoucoux du Buysson est un " orphelin de la République ". Mais pas de n’importe quelle République : celle du révolutionnaire jacobin Saint-Just et de l’officier communard Rossel, ce " De Gaulle sans la TSF ". Ces " deux vies emportées par l’Histoire ", à l’âge de 27 ans, ouvrent " l’histoire d’amour " qui " lie le peuple français et la République ". Du même âge, l’auteur est lui-même engagé dans des clubs républicains.
Qu’on ne s’y trompe donc pas : ce livre n’est pas seulement une réflexion historique. C’est surtout pour aujourd’hui une défense et illustration de la République : " La République est un combat permanent contre les privilèges qui battent en brèche le principe d’égalité qui la fonde et contre les oligarchies qui entendent dépouiller le peuple de sa souveraineté ". Un combat qui, selon le jeune auteur, rend obsolète le clivage politique droite-gauche : " Le vrai clivage est aujourd’hui celui qui oppose ceux qui pensent que la Révolution est terminée et que la République est achevée dès lors qu’elle est assise sur la démocratie et ceux qui pensent le contraire… ". Au-delà de la France, sont dénoncés les " théoriciens du renoncement " : John Rawls, inventeur du concept anti-égalitaire d’équité, relayé en France par Alain Minc, ou encore Francis Fukuyama, père de la " fin de l’Histoire ".
Dans le contexte du projet de loi sur la Corse et fort de son expérience d’inspection dans une banque en Corse, l’auteur affirme que " la République est une et indivisible parce que c’est ainsi qu’elle peut garantir le principe d’égalité ". Que l’on adhère ou non à cette idée, il n’est pas déplaisant de voir, en ce début de siècle, un jeune auteur prendre la plume pour défendre ses convictions politiques.
Laurent de Boissieu


Extraits de l'ouvrage :   


« Parmi les disciples de Rawls, Alain Minc présente l'avantage d'être un des seuls à revendiquer de façon tonitruante sa filiation intellectuelle avec le philosophe américain dans les essais de circonstance dont il abreuve régulièrement les éditorialistes de la bonne presse.

Rousseau, le théoricien de l'égalité avait donné naissance à Saint-Just, John Rawls quant à lui nous a légué Alain Minc. On a les porte-voix que l'on peut.

Alain Minc a donc embrassé la cause de l'équité, cette égalité sans égalité. De La machine égalitaire à Français si vous osiez, Alain Minc n'a de cesse de pourfendre l'égalité, monstre hideux qui place la France au ban des démocraties modernes.

Pourtant, s'il y a quelqu'un qui devrait se montrer redevable envers le principe d'égalité, c'est bien Alain Minc. Lui dont le parcours illustre à merveille l'élitisme républicain, cette success story de l'égalité.

Fils de réfugiés polonais installés en France en 1931, Alain Minc voit le jour en 1949. Comme beaucoup d'autres à l'époque, ses parents sont membres du Parti communiste, c'est-à-dire qu'ils ont fait de l'égalité leur religion. Doté d'un esprit vif et particulièrement doué pour les études, le petit Alain réussit brillamment sa scolarité à l'école de la République. Une fois son bac en poche, il accumule les diplômes les plus prestigieux : ingénieur des Mines, sciences-po, l'ENA enfin, l'école fondée par Michel Debré au lendemain de la Libération, le symbole de la réussite républicaine. Une fois encore, grâce à des talents certains, il se montre le meilleur. Sorti premier de sa promotion – major, comme il ne se lasse pas de le préciser - il rejoint l'Inspection des finances, le corps des moines-soldats de la haute administration.

Bel exemple d'intégration! On ne connaît guère d'histoire illustrant de la sorte les bienfaits de ce fameux ascenseur social dont on déplore aujourd'hui la panne. Fils de proscrits, voici notre homme porté au pinacle sur la base de ses seuls mérites que nul ne conteste.

Et pourtant, alors qu'il ferait un merveilleux porte-parole pour chanter les louanges de la République dans les banlieues, voilà qu'Alain Minc a décidé de se consacrer à une véritable croisade contre l'égalité. On n'est jamais mieux trahi que par les siens.

L'égalitarisme, voilà l'ennemi! Cette "idéologie" au nom de laquelle notre homme a pu se faire une place entre les fils de famille qui peuplent les bancs de sciences-po, il n'est que temps de la renverser! Vive l'équité!

Telle est la cause que défend inlassablement Alain Minc depuis qu'il a quitté l'administration pour se mettre au service des grands patrons, du Grand Capital aurait-on dit chez ses parents. Non sans cynisme car, finalement, ce qu'il ne supporte pas dans le principe d'égalité, c'est l'idée que des gens moins intelligents que lui puissent exprimer un choix équivalent au sien, au moyen de cette fameuse portion de souveraineté populaire dont chacun est le dépositaire à travers le suffrage universel.

Sûr de lui, cet agitateur d'idées autoproclamé rencontre cependant quelque peine à sortir de l'ornière dans laquelle l'ont confiné la vingtaine d'essais qu'il a consacrés à son combat contre l'égalité.

Alors qu'il se voudrait visionnaire, Alain Minc passe pour un trublion. »

 ***

 « C'est le suffrage universel qui fonde l'égalité. L'opinion exprimée par un grand patron milliardaire importe autant que celle du moins bien payé de ses salariés.

Alors qu'il était député, en 1850, Victor Hugo s'est ému de cet « accroissement de dignité » que permet le suffrage universel :

« Regardez l'ouvrier qui va au scrutin. Il y entre, avec le front triste du prolétaire accablé, il en sort avec le regard d'un souverain ».

L'idée est à proprement parler révolutionnaire.

Elle n'allait pourtant pas de soi. C'est à la pointe de ses piques que le peuple français a conquis ce droit fondamental.

Le suffrage universel est né dans le sang. Le 10 août 1792. Ce jour-là, les Parisiens et les bataillons de fédérés, de Marseille ou d'ailleurs, montés à la capitale pour défendre la révolution se sont lancés à l'assaut du palais des Tuileries. Beaucoup sont morts. Ils ont aussi beaucoup tué. On peut le déplorer, mais c'est ainsi.

Cette violence avait pour but de mettre un terme à une autre violence, moins visible mais néanmoins insupportable. Celle d'un système électoral qui excluait la majorité de la population. Depuis la prise de la Bastille, les sujets étaient tous devenus des citoyens. Mais certains l'étaient un peu plus que les autres. Les constituants de 1789 avaient imaginé une distinction entre les citoyens actifs et les citoyens passifs. Le droit de vote était ainsi conditionné par le paiement d'un impôt, le cens, qui équivalait à deux ou trois journées de travail. Les parlementaires entendaient clore la Révolution sur le suffrage censitaire. Une fraction du peuple, les citoyens les plus riches, décidait pour l'ensemble des Français. Aux droits de la naissance étaient ainsi substitués les droits de l'argent. Le pouvoir était réservé aux forces vives, à la société civile dirait-on aujourd'hui.

Le Cercle de la Raison. Déjà!

C'est ce système inique que le peuple a mis à bas le 10 août 1792. Un peuple suffisamment adulte pour prendre en mains son destin. Un peuple qui réclamait l'égalité.

De tels événements paraissent désormais bien lointains. On peut cependant se demander aujourd'hui si l'on n'assiste pas à la résurgence du suffrage censitaire.

Des citoyens actifs. Des citoyens passifs.

En effet, ce qui caractérise avant tout les élections depuis une vingtaine d'années, c'est une forte abstention. Régulièrement, une portion considérable de citoyens, qui varie du tiers à la moitié des électeurs en fonction du type de scrutin, s'abstient de voter.

L'abstention. Le refus de la participation!

L'ampleur du phénomène devient étourdissante dès lors que l'on y ajoute les Français en droit de voter qui n'ont pas fait la démarche de s'inscrire sur les listes électorales et ceux qui manifestent, sinon leur désapprobation, du moins leur perplexité silencieuse au moyen du vote blanc.

Ainsi, la majorité de la population ne prend pas part au vote. Bien sûr, au soir de chaque élection, les hommes politiques ne manquent pas de s'apitoyer sur ce signe négatif. Surtout les perdants. Mais, en vérité, aucun gouvernement ni aucun parti ne s'est véritablement attaqué de front à l'énigme posée par l'abstention.

Le problème prend une autre dimension lorsqu'on analyse son origine sociologique. Tout concourt en effet à démontrer que les abstentionnistes se recrutent en premier lieu parmi les couches les plus fragiles de la société. L'abstention est un appel au secours silencieux. Celui d'une population qui souffre et qui ne juge plus utile de s'exprimer politiquement  à force de n'être pas entendue.

Les responsables politiques ne prennent pas la mesure du problème. Il est pourtant essentiel. De quelle légitimité peut se prévaloir un député ou un conseiller général n'ayant rallié sur son nom qu'un quart des électeurs?

Non, les responsables politiques préfèrent détourner pudiquement le regard de la réalité que leur révèle l'abstention. A quoi bon s'intéresser à ceux qui boudent, puisque le système fonctionne avec ceux qui se sentent intégrés… Et puis, finalement, ce sont les voix de ceux qui comptent. Ceux qui payent des impôts. La France qui gagne.

C'est à elle, et à elle seule, que s'adressent désormais les discours politiques. Ceux-ci prennent alors une tournure surréaliste. Pour ne prendre qu'un exemple, comment qualifier autrement le débat autour de la fiscalité des stock-options qui a violemment opposé les parlementaires, y compris au sein du Parti socialiste? A première vue, l'enjeu semble dérisoire puisqu'il est admis que ce mode de rémunération juteux ne concerne pas plus de trente mille personnes en France. Il l'est en effet si l'on considère que la discussion prend à témoin l'ensemble des Français. En revanche, il apparaît crucial à des partis qui ne s'adressent plus qu'aux entrepreneurs et aux investisseurs, à la France qui gagne. Au Cercle de la Raison.

Ce système censitaire qui ne veut pas dire son nom n'écorne pas les principes démocratiques – les abstentionnistes sont libres de voter à nouveau - mais ce n'est déjà plus la République qui ne peut se penser sans la participation active des citoyens.

Le temps est venu des élections sans électeur, de la citoyenneté sans citoyen. »

 ***

 « Comment vider la République de sa substance tout en préservant la démocratie ? La solution à ce paradoxe réside dans ce que l'on appelle la démocratie d'opinion. Avec la démocratie d'opinion, le pouvoir peut ainsi plaquer ses décisions sur le sentiment de la population en prenant soin de la maintenir au loin. Pour cela, il est indispensable de faire intervenir un corps intermédiaire d'un genre nouveau, les instituts de sondage. Ainsi, à défaut de définir des orientations politiques claires, il s'agit pour les gouvernants de s'appuyer sur un sondage opportun afin de donner au peuple l'impression que c'est lui qui décide, en définitive.

La France s'engage au Kosovo sous la bannière de l'OTAN, rompant ainsi définitivement avec la politique d'indépendance militaire du général De Gaulle ; un sondage oint les pulsions guerrières du gouvernement socialiste en montrant qu'un millier de Français « représentatifs » approuvent l'intervention. L'Assemblée débat de la question du droit de vote des étrangers ; c'est légitime puisqu'un sondage révèle que plus d'un Français sur deux serait désormais favorable à cette réforme. Décidément, l'opinion est bien plus conciliante que le peuple ! On comprend pourquoi Alain Minc s'est toujours fait le chantre de cette conception « moderne » de la démocratie…

Sous une apparente légèreté se dessine cependant une dangereuse dérive. On peut déjà s'interroger sur le fait que la réalisation d'une enquête d'opinion relève de l'arbitraire puisque l'initiative appartient aux instituts de sondage et à leurs principaux clients, les partis politiques. Plus grave, les sondages tendent à établir une confusion entre l'humeur de la population mesurée à un instant donné et sa volonté qui procède de sa réflexion nourrie par une campagne électorale. Enfin, la démocratie d'opinion conduit à une déresponsabilisation des hommes politiques qui évitent à tout prix de se trouver en porte-à-faux avec l'opinion ; or, ce n'est pas la même chose que d'être désavoué par le peuple.

Ainsi, si les socialistes avaient adopté de tels principes en 1981, ils n'auraient jamais aboli la peine de mort puisque les sondages ont toujours montré qu'une majorité se dégageait en faveur de la peine capitale. De même, l'abolition de la peine de mort n'a pas donné lieu à des manifestations témoignant de la désapprobation du peuple. C'est ce qui distingue la volonté populaire, qui s'exprime par le vote, de l'opinion, qui se forme en réponse à un sondage. Si l'opinion était pour la peine de mort, le peuple avait approuvé son abolition en votant pour le candidat Mitterrand qui l'avait inscrite dans son programme. »

 ***

 « L'adhésion à la nation française ne s'obtient que par consentement. En aucun cas par la force. C'est sur cette spécificité que repose sa force.

"Personne n'aime les missionnaires armés".

Que de drames aurait-on évité en se rappelant cette formule de Robespierre…

Les soldats de l'An II ne se grandissent pas en devenant les grognards de Napoléon. Acclamés comme des libérateurs en Belgique lorsqu'ils font fuir l'envahisseur autrichien en 1792, les mêmes soldats sont hués en Espagne une quinzaine d'années plus tard lorsqu'ils imposent brutalement Joseph Bonaparte sur le trône!

L'avènement de la République a accru les responsabilités de la nation française. L'histoire a en effet voulu que la proclamation de la République par la Convention coïncide à un jour près avec la victoire de Valmy. Vive la Nation ! Le cri des troupes de Dumouriez et Kellermann ne salue pas seulement la première victoire remportée sur l'envahisseur, c'est aussi l'acclamation de la Révolution et de ses réalisations. Avec Valmy, la France se propose aussi d'incarner la marche vers l'égalité.

Oui, en se rappelant que « personne n'aime les missionnaires armés », la France aurait pris soin de ne jamais s'écarter de sa vocation à promouvoir la liberté et l'égalité.

Elle aurait ainsi pu éviter de tomber dans le piège du colonialisme. Comment faire aimer à d'autres peuples les valeurs dont la France se prétend le héraut tout en leur apposant un pistolet sur la tempe?

D'ailleurs, quel fut le principal grief des mouvements de libération nationale d'Indochine ou d'Algérie à l'encontre de la France sinon celui de ne pas avoir appliqué ses beaux principes ? Ho Chi Minh et Ben Bella n'ont pas perdu leur temps à l'école. Leurs instituteurs leur ont appris que la France avait pour devise "Liberté, Égalité, Fraternité" et que cette nation était porteuse d'un message destiné aux opprimés. Mais ils n'ont pas reconnu la France dans la représentation qu'elle donnait d'elle-même dans ses colonies. On leur parlait de république quand ils ne voyaient autour d'eux que les plantations coloniales et leur fonctionnement féodal. Une tromperie qui les a fait haïr cette France comme une mère indigne, sublimée et absente à la fois.

Le modèle français de construction nationale ne suscite l'admiration que lorsqu'il se confond avec la République. Pas lorsqu'il dérive vers l'Empire. L'aventure napoléonienne a cru dépasser cette contradiction en instituant à la pointe des baïonnettes un système impérial qui revendiquait néanmoins sa filiation – bâtarde - avec les principes généreux et plébéiens de l'An II. Son échec, qui s'est traduit par une formidable régression – victoire des coalisés, restauration de la monarchie en France – a cruellement rappelé à la France que cette duplicité n'était pas digne d'elle.

De la même façon, la décolonisation était devenue inéluctable dès lors que les troupes françaises se déshonoraient en Algérie en ayant recours à la torture. Si la République était alors le principe de gouvernement de la métropole, c'est l'empire sous sa forme la plus brutale qui prévalait en Algérie! »

 ***

« Les républiques antiques étaient organisées selon un modèle de société aristocratique qui excluait une large part de la population de la conduite des affaires de la cité. S'il existait, comme à Athènes, une culture de débat public, on ne pouvait guère parler de démocratie dans la mesure où seuls quelques privilégiés étaient en droit d'exprimer leur point de vue. Cette élite se pensait, sinon au-dessus du peuple, du moins à part.

Le coup de génie de la République française est d'avoir vu le jour peu après la démocratie. Elle est née du suffrage universel, scellant ainsi une union avec la démocratie qui repose sur le peuple.

Dès ses origines, la République a d'ailleurs admis l'existence d'une élite. Incontestablement, les députés de la Convention formaient une élite. Non pas parce qu'ils se voulaient tels, mais parce que le peuple les considérait ainsi. Dans une période extraordinairement confuse, le peuple, appelé à voter pour la première fois, avait choisi ceux qu'il considérait être les plus capables de le conduire au milieu de tant d'écueils. Ceux qui étaient les mieux à-mêmes de le protéger.

C'est ça une élite. Un groupe d'individus qui se distinguent de la masse en fonction des qualités qui leur sont reconnues et qu'ils ont pour vocation d'utiliser au profit du plus grand nombre.

Rousseau lui-même n'en donnait pas une autre définition dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes :

« Pourquoi les Peuples se sont-ils donné des supérieurs, si ce n'est pour les défendre contre l'oppression, et protéger leurs biens, leurs libertés, et leurs vies, qui sont pour ainsi dire, les éléments constitutifs de leur être ? ».

Protéger le peuple, telle est la vocation d'une élite. Il en a toujours été ainsi. Au Moyen-Age, le pouvoir du seigneur reposait, non seulement sur la force, mais aussi et surtout sur ce devoir d'assistance qui le liait aux paysans. Lorsque ceux-ci se sentaient menacés, ils venaient se réfugier dans le château-fort du seigneur et se plaçaient sous sa protection.

Les privilèges de la noblesse n'avaient de sens que parce qu'ils trouvaient leur contrepartie dans l'impôt du sang. Ainsi, les dynasties féodales pouvaient prétendre être exemptées d'impôt dès lors qu'elles avaient pris leur part, non seulement aux victoires du roi de France, mais aussi aux humiliations reçues sur les champs de bataille d'Azincourt, de Crécy et de Pavie.

C'est parce que la noblesse est devenue essentiellement honorifique à partir du XVIIème siècle qu'elle n'a pu enrayer son déclin. Le peuple n'a plus accepté les privilèges dans la mesure où ils n'étaient plus assortis de devoirs à son égard. C'est l'armure, et non la perruque poudrée, qui inspiraient le respect au peuple.

Cette élite là avait perdu son sens. Elle avait vécu. Estimant qu'elle n'était plus en mesure de le protéger, le peuple à choisi de s'en remettre à d'autres mains. Avec davantage de vigilance concernant le respect des devoirs.

La Convention était donc placée sous l'étroite surveillance du peuple. Régulièrement, celui-ci – sous la forme d'une délégation de sectionnaires en armes, d'un groupe de veuves de guerre ou d'un quarteron d'indigents – s'invitait souverainement à la tribune de l'Assemblée pour rappeler aux parlementaires qu'ils siégeaient avant tout pour trouver des solutions aux problèmes concrets, et souvent pressants, de la population. Et les Conventionnels tremblaient car ils savaient qu'ils ne tenaient leurs prérogatives que du peuple qui pouvait les leur retirer à tout moment. Par l'insurrection.

Si la situation de la France n'est pas aussi dramatique que sous la Convention – qui devait à la fois surmonter une guerre civile, une invasion étrangère et une crise financière sans précédent -, le peuple n'en est pas moins en droit d'exiger de ses élites qu'elles atténuent ses souffrances et ses angoisses.

Cette exigence légitime ne s'adresse pas uniquement aux représentants du peuple, aux élus, mais aussi aux élites. A ceux que le peuple reconnaît pour leurs qualités intellectuelles ou personnelles comme capables de comprendre ses besoins, de lui expliquer la conduite à tenir dans l'épreuve et de contribuer à la solution des problèmes identifiés. Ainsi, les hauts-fonctionnaires, les universitaires, les journalistes, les chefs d'entreprise ont un rôle particulier dans cet effort de guerre demandé à tous. Mais ils ne doivent pas oublier que c'est le peuple qui fait d'eux des élites. »

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