![]() pages :224 prix : 99 Frs isbn : 2-84441-004-9 format : 174 x 110 mm |
Une histoire d'amour,
essai sur la République française François Devoucoux du Buysson collection : Manifeste Une histoire amour lie le peuple français et la République. Une relation intime, une union librement consentie, une aventure partagée, quelles que soient les circonstances. Un engagement fondé sur l'égalité, la volonté de vivre ensemble, la confiance. Mais, pour qu'une histoire d'amour se fortifie, pour qu'elle mûrisse, il faut que ses deux protagonistes la fassent vivre tout autant. C'est ce qui est en jeu dans la contestation sans précédent qui fait aujourd'hui vaciller la République sur ses principes fondateurs, plongeant ainsi le peuple français dans un profond désarroi, voire dans la détresse. C'est dans la crise que l'on expérimente la force de l'amour, que les liens se resserrent. Le peuple gronde lorsque la République est menacée dans son principe car il attend justement qu'elle soit suffisamment forte pour le protéger de l'injustice d'un monde de plus en plus soumis aux lois d'airain du marché. C'est cette histoire d'amour, souvent tumultueuse, faite de brisures et de retrouvailles et qui n'a pas encore donné tous ses fruits que relate ce livre en alliant la fougue de la passion et la précision de l'analyse. Un pamphlet, en guise de défense et illustration de la République, signé François Devoucoux du Buysson.
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| Interview de l'auteur Pourquoi avoir écrit ce livre ? | ||
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Le titre du livre est pour le moins inattendu? Et pourtant, il s’impose ! Parler de liberté, d’égalité, de fraternité, c’est avant tout proclamer l’amour du genre humain. Ce qui définit la République, c’est la confiance qu’elle a dans l’homme, dans la capacité de chacun de prendre son destin en main et d’apporter ce qu’il a et ce qu’il est à la communauté. Comment situer la question de la République dans les querelles politiques d’aujourd’hui ? La mondialisation, l’intégration européenne, la régionalisation posent la question de la République. C’est un débat qui va bien au-delà du clivage droite/gauche. Ou plutôt, un débat qui renvoie au clivage droite/gauche tel qu’il existait sous la Révolution, lorsqu’il distinguait les uns et les autres selon leur conception de l’égalité. Ainsi, le Parti socialiste n’incarne plus la gauche dès lors qu’il s’est converti à une conception a minima de l’égalité qui ne se distingue guère de celle de la droite libérale. De ce point de vue, l’affrontement Chirac-Jospin est vide de sens, stérile. Dans ces conditions, comment peut-on redonner du sens au débat politique ? Il serait salutaire de revenir à un débat du type Jacobins/Girondins qui ne se limiterait pas à une querelle lénifiante sur la décentralisation. Ce qui opposait les Girondins et les Jacobins, c’était avant tout leur conception de l’égalité sur de nombreux sujets : les droits sociaux, le caractère sacré de la propriété, l’intervention de l’Etat dans l’économie et bien sûr l’organisation territoriale. Mais concrètement, qui pourrait incarner un tel débat de nos jours ? C’est
difficile à dire. Ce qui est certain, c’est que la République mérite mieux
qu’un match Chirac-Jospin. Un affrontement au second tour entre François
Bayrou, qui se considère comme l’héritier des Girondins, et Jean-Pierre
Chevènement, qui a toujours revendiqué sa filiation avec les Jacobins,
aurait davantage de sens. La question de la République serait alors au
cœur du débat politique. J’espère que mon livre y contribuera, mais
j’ajoute que les principes comptent davantage que les personnes qui les
portent. | ||
| Marianne, n°202, semaine du 5 au 11 mars 2001, p.
41. François Devoucoux : " En Corse, même les banques baissent les bras". Dans un essai récent (1), François Devoucoux du Buysson, raconte son une mission de contrôle en Corse qui lui a laissé un goût amer. | ||
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François Devoucoux : Il est d’usage d’incriminer l’impuissance de la République en Corse. Pourtant, ce n’est pas seulement l’Etat qui semble avoir baissé les bras devant “ l’exception corse ”, les firmes privées ont elles aussi manifesté une étonnante bienveillance à l’égard des “ coutumes ” de l’île. C’est particulièrement vrai dans le secteur bancaire comme l’a montré l’exemple édifiant du Crédit Agricole. La mission d’audit à laquelle j’ai participé pour un autre établissement a fini de me convaincre que la Corse était un marché qui n’obéissait pas aux règles de saine gestion. Marianne: Et dans le détail? F.D: En passant au
crible les comptes des agences de l’île, j’ai d’abord été frappé par la
prédilection des Corses pour les opérations en liquide. Cela se traduit
par l’ampleur des sommes déposées sur les comptes de particuliers. Alors
que la Corse est la région la plus pauvre, l’encours moyen des comptes, 20
000 francs environ, y est deux fois plus élevé que la moyenne nationale.
Autre élément troublant: le nombre de défaillances sur les crédits: un
dixième des prêts consentis en Corse sont remboursés par les assurances,
quand la proportion nationale est, elle, infinitésimale. Pire, certains
clients ont profité de toutes les restructurations des prêts mises en
œuvre par l’État que l’inspection des finances n’a pas hésité à qualifier
de système de cavalerie. | ||
| L’Hémicycle, semaine du 2 mars 2001, p. 14. UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE | ||
La République est menacée, les Français s’éloignent dans un profond désarroi ou désintérêt… Des phrases qu’on lit et relit au point de se demander si le pessimisme politique en plus d’être à la mode ne serait pas vendeur. Et pourtant, des auteurs, sur ce sujet, arrivent encore à surprendre, comme Devoucoux du Buysson, 27 ans, qui parle aussi d’amour et de passion. " Si bien des soldats de l’An II sont morts pour la République, personne n’est mort pour le parti radical ", lançait le général de Gaulle. Cette boutade résume à elle seule la problématique du malaise actuel et de ce livre franc et intelligent, qui traduit au plus juste la flamme qui anime son auteur. Débutant par les derniers instant de Saint-Just et de Rossel, unis par leur foi dévorante dans la République, suivis d’une série de réflexion sur l’égalité et la nation, cet essai rappelle héroïquement et parfois un brin romantiquement que la politique est avant tout une histoire d’amour. Alexia Delrieu | ||
| Le Monde 25 mai 2001 | ||
| UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE | ||
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| La Croix 6 juin 2001 | ||
| UNE HISTOIRE D’AMOUR, ESSAI SUR LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE | ||
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| Extraits de l'ouvrage : | ||
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Rousseau, le théoricien de
l'égalité avait donné naissance à Saint-Just, John Rawls quant à lui nous
a légué Alain Minc. On a les porte-voix que l'on peut. Alain Minc a donc embrassé la
cause de l'équité, cette égalité sans égalité. De La machine égalitaire à Français si vous osiez, Alain Minc
n'a de cesse de pourfendre l'égalité, monstre hideux qui place la France
au ban des démocraties modernes. Pourtant, s'il y a quelqu'un
qui devrait se montrer redevable envers le principe d'égalité, c'est bien
Alain Minc. Lui dont le parcours illustre à merveille l'élitisme
républicain, cette success story de l'égalité. Fils de réfugiés polonais
installés en France en 1931, Alain Minc voit le jour en 1949. Comme
beaucoup d'autres à l'époque, ses parents sont membres du Parti
communiste, c'est-à-dire qu'ils ont fait de l'égalité leur religion. Doté
d'un esprit vif et particulièrement doué pour les études, le petit Alain
réussit brillamment sa scolarité à l'école de la République. Une fois son
bac en poche, il accumule les diplômes les plus prestigieux : ingénieur
des Mines, sciences-po, l'ENA enfin, l'école fondée par Michel Debré au
lendemain de la Libération, le symbole de la réussite républicaine. Une
fois encore, grâce à des talents certains, il se montre le meilleur. Sorti
premier de sa promotion – major, comme il ne se lasse pas de
le préciser - il rejoint l'Inspection des finances, le corps des
moines-soldats de la haute administration. Bel exemple d'intégration! On
ne connaît guère d'histoire illustrant de la sorte les bienfaits de ce
fameux ascenseur social dont on déplore aujourd'hui la panne. Fils de
proscrits, voici notre homme porté au pinacle sur la base de ses seuls
mérites que nul ne conteste. Et pourtant, alors qu'il
ferait un merveilleux porte-parole pour chanter les louanges de la
République dans les banlieues, voilà qu'Alain Minc a décidé de se
consacrer à une véritable croisade contre l'égalité. On n'est jamais mieux
trahi que par les siens. L'égalitarisme, voilà
l'ennemi! Cette "idéologie" au
nom de laquelle notre homme a pu se faire une place entre les fils de
famille qui peuplent les bancs de sciences-po, il n'est que temps de la
renverser! Vive l'équité! Telle est la cause que défend
inlassablement Alain Minc depuis qu'il a quitté l'administration pour se
mettre au service des grands patrons, du Grand Capital aurait-on dit chez
ses parents. Non sans cynisme car, finalement, ce qu'il ne supporte pas
dans le principe d'égalité, c'est l'idée que des gens moins intelligents
que lui puissent exprimer un choix équivalent au sien, au moyen de cette
fameuse portion de souveraineté populaire dont chacun est le dépositaire à
travers le suffrage universel. Sûr de lui, cet agitateur
d'idées autoproclamé rencontre cependant quelque peine à sortir de
l'ornière dans laquelle l'ont confiné la vingtaine d'essais qu'il a
consacrés à son combat contre l'égalité. Alors qu'il se voudrait
visionnaire, Alain Minc passe pour un trublion. » *** « C'est le suffrage
universel qui fonde l'égalité. L'opinion exprimée par un grand patron
milliardaire importe autant que celle du moins bien payé de ses
salariés. Alors qu'il était député, en
1850, Victor Hugo s'est ému de cet « accroissement de dignité »
que permet le suffrage universel : « Regardez l'ouvrier qui va au scrutin.
Il y entre, avec le front triste du prolétaire accablé, il en sort avec le
regard d'un souverain ». L'idée est à proprement parler
révolutionnaire. Elle n'allait pourtant pas de
soi. C'est à la pointe de ses piques que le peuple français a conquis ce
droit fondamental. Le suffrage universel est né
dans le sang. Le 10 août 1792. Ce jour-là, les Parisiens et les bataillons
de fédérés, de Marseille ou d'ailleurs, montés à la capitale pour défendre
la révolution se sont lancés à l'assaut du palais des Tuileries. Beaucoup
sont morts. Ils ont aussi beaucoup tué. On peut le déplorer, mais c'est
ainsi. Cette violence avait pour but
de mettre un terme à une autre violence, moins visible mais néanmoins
insupportable. Celle d'un système électoral qui excluait la majorité de la
population. Depuis la prise de la Bastille, les sujets étaient tous
devenus des citoyens. Mais certains l'étaient un peu plus que les autres.
Les constituants de 1789 avaient imaginé une distinction entre les
citoyens actifs et les citoyens passifs. Le droit de vote était ainsi
conditionné par le paiement d'un impôt, le cens, qui équivalait à deux ou
trois journées de travail. Les parlementaires entendaient clore la
Révolution sur le suffrage censitaire. Une fraction du peuple, les
citoyens les plus riches, décidait pour l'ensemble des Français. Aux
droits de la naissance étaient ainsi substitués les droits de l'argent. Le
pouvoir était réservé aux forces vives, à la société civile dirait-on
aujourd'hui. Le Cercle de la Raison.
Déjà! C'est ce système inique que le
peuple a mis à bas le 10 août 1792. Un peuple suffisamment adulte pour
prendre en mains son destin. Un peuple qui réclamait l'égalité. De tels événements paraissent désormais bien lointains. On peut cependant se demander aujourd'hui si l'on n'assiste pas à la résurgence du suffrage censitaire. Des citoyens actifs. Des
citoyens passifs. En effet, ce qui caractérise
avant tout les élections depuis une vingtaine d'années, c'est une forte
abstention. Régulièrement, une portion considérable de citoyens, qui varie
du tiers à la moitié des électeurs en fonction du type de scrutin,
s'abstient de voter. L'abstention. Le refus de la
participation! L'ampleur du phénomène devient
étourdissante dès lors que l'on y ajoute les Français en droit de voter
qui n'ont pas fait la démarche de s'inscrire sur les listes électorales et
ceux qui manifestent, sinon leur désapprobation, du moins leur perplexité
silencieuse au moyen du vote blanc. Ainsi, la majorité de la
population ne prend pas part au vote. Bien sûr, au soir de chaque
élection, les hommes politiques ne manquent pas de s'apitoyer sur ce signe
négatif. Surtout les perdants. Mais, en vérité, aucun gouvernement ni
aucun parti ne s'est véritablement attaqué de front à l'énigme posée par
l'abstention. Le problème prend une autre
dimension lorsqu'on analyse son origine sociologique. Tout concourt en
effet à démontrer que les abstentionnistes se recrutent en premier lieu
parmi les couches les plus fragiles de la société. L'abstention est un
appel au secours silencieux. Celui d'une population qui souffre et qui ne
juge plus utile de s'exprimer politiquement à force de n'être pas entendue.
Les responsables politiques ne
prennent pas la mesure du problème. Il est pourtant essentiel. De quelle
légitimité peut se prévaloir un député ou un conseiller général n'ayant
rallié sur son nom qu'un quart des électeurs? Non, les responsables
politiques préfèrent détourner pudiquement le regard de la réalité que
leur révèle l'abstention. A quoi bon s'intéresser à ceux qui boudent,
puisque le système fonctionne avec ceux qui se sentent intégrés… Et puis,
finalement, ce sont les voix de ceux qui comptent. Ceux qui payent des
impôts. La France qui gagne. C'est à elle, et à elle seule,
que s'adressent désormais les discours politiques. Ceux-ci prennent alors
une tournure surréaliste. Pour ne prendre qu'un exemple, comment qualifier
autrement le débat autour de la fiscalité des stock-options qui a violemment
opposé les parlementaires, y compris au sein du Parti socialiste? A
première vue, l'enjeu semble dérisoire puisqu'il est admis que ce mode de
rémunération juteux ne concerne pas plus de trente mille personnes en
France. Il l'est en effet si l'on considère que la discussion prend à
témoin l'ensemble des Français. En revanche, il apparaît crucial à des
partis qui ne s'adressent plus qu'aux entrepreneurs et aux investisseurs,
à la France qui gagne. Au Cercle de la Raison. Ce système censitaire qui ne
veut pas dire son nom n'écorne pas les principes démocratiques – les
abstentionnistes sont libres de voter à nouveau - mais ce n'est déjà plus
la République qui ne peut se penser sans la participation active des
citoyens. Le temps est venu des
élections sans électeur, de la citoyenneté sans citoyen. » *** « Comment vider la
République de sa substance tout en préservant la démocratie ? La
solution à ce paradoxe réside dans ce que l'on appelle la démocratie
d'opinion. Avec la démocratie d'opinion, le pouvoir peut ainsi plaquer ses
décisions sur le sentiment de la population en prenant soin de la
maintenir au loin. Pour cela, il est indispensable de faire intervenir un
corps intermédiaire d'un genre nouveau, les instituts de sondage. Ainsi, à
défaut de définir des orientations politiques claires, il s'agit pour les
gouvernants de s'appuyer sur un sondage opportun afin de donner au peuple
l'impression que c'est lui qui décide, en définitive. La France s'engage au Kosovo
sous la bannière de l'OTAN, rompant ainsi définitivement avec la politique
d'indépendance militaire du général De Gaulle ; un sondage oint les
pulsions guerrières du gouvernement socialiste en montrant qu'un millier
de Français « représentatifs » approuvent
l'intervention. L'Assemblée débat de la question du droit de vote des
étrangers ; c'est légitime puisqu'un sondage révèle que plus d'un
Français sur deux serait désormais favorable à cette réforme. Décidément,
l'opinion est bien plus conciliante que le peuple ! On comprend
pourquoi Alain Minc s'est toujours fait le chantre de cette conception
« moderne » de la
démocratie… Sous une apparente légèreté se
dessine cependant une dangereuse dérive. On peut déjà s'interroger sur le
fait que la réalisation d'une enquête d'opinion relève de l'arbitraire
puisque l'initiative appartient aux instituts de sondage et à leurs
principaux clients, les partis politiques. Plus grave, les sondages
tendent à établir une confusion entre l'humeur de la population mesurée à
un instant donné et sa volonté qui procède de sa réflexion nourrie par une
campagne électorale. Enfin, la démocratie d'opinion conduit à une
déresponsabilisation des hommes politiques qui évitent à tout prix de se
trouver en porte-à-faux avec l'opinion ; or, ce n'est pas la même
chose que d'être désavoué par le peuple. Ainsi, si les socialistes avaient adopté de tels
principes en 1981, ils n'auraient jamais aboli la peine de mort puisque
les sondages ont toujours montré qu'une majorité se dégageait en faveur de
la peine capitale. De même, l'abolition de la peine de mort n'a pas donné
lieu à des manifestations témoignant de la désapprobation du peuple. C'est
ce qui distingue la volonté populaire, qui s'exprime par le vote, de
l'opinion, qui se forme en réponse à un sondage. Si l'opinion était pour
la peine de mort, le peuple avait approuvé son abolition en votant pour le
candidat Mitterrand qui l'avait inscrite dans son programme. » *** « L'adhésion
à la nation française ne s'obtient que par consentement. En aucun cas par
la force. C'est sur cette spécificité que repose sa force. "Personne n'aime les missionnaires
armés". Que de drames aurait-on évité
en se rappelant cette formule de Robespierre… Les soldats de l'An II ne se
grandissent pas en devenant les grognards de Napoléon. Acclamés comme des
libérateurs en Belgique lorsqu'ils font fuir l'envahisseur autrichien en
1792, les mêmes soldats sont hués en Espagne une quinzaine d'années plus
tard lorsqu'ils imposent brutalement Joseph Bonaparte sur le trône! L'avènement de la République a
accru les responsabilités de la nation française. L'histoire a en effet
voulu que la proclamation de la République par la Convention coïncide à un
jour près avec la victoire de Valmy. Vive la Nation ! Le cri des
troupes de Dumouriez et Kellermann ne salue pas seulement la première
victoire remportée sur l'envahisseur, c'est aussi l'acclamation de la
Révolution et de ses réalisations. Avec Valmy, la France se propose aussi
d'incarner la marche vers l'égalité. Oui, en se rappelant que
« personne n'aime les
missionnaires armés », la France aurait pris soin de ne jamais
s'écarter de sa vocation à promouvoir la liberté et l'égalité.
Elle aurait ainsi pu éviter de
tomber dans le piège du colonialisme. Comment faire aimer à d'autres
peuples les valeurs dont la France se prétend le héraut tout en leur
apposant un pistolet sur la tempe? D'ailleurs, quel fut le
principal grief des mouvements de libération nationale d'Indochine ou
d'Algérie à l'encontre de la France sinon celui de ne pas avoir appliqué
ses beaux principes ? Ho Chi Minh et Ben Bella n'ont pas perdu leur
temps à l'école. Leurs instituteurs leur ont appris que la France avait
pour devise "Liberté, Égalité,
Fraternité" et que cette nation était porteuse d'un message destiné
aux opprimés. Mais ils n'ont pas reconnu la France dans la représentation
qu'elle donnait d'elle-même dans ses colonies. On leur parlait de
république quand ils ne voyaient autour d'eux que les plantations
coloniales et leur fonctionnement féodal. Une tromperie qui les a fait
haïr cette France comme une mère indigne, sublimée et absente à la
fois. Le modèle français de
construction nationale ne suscite l'admiration que lorsqu'il se confond
avec la République. Pas lorsqu'il dérive vers l'Empire. L'aventure
napoléonienne a cru dépasser cette contradiction en instituant à la pointe
des baïonnettes un système impérial qui revendiquait néanmoins sa
filiation – bâtarde - avec les principes généreux et plébéiens de l'An II.
Son échec, qui s'est traduit par une formidable régression – victoire des
coalisés, restauration de la monarchie en France – a cruellement rappelé à
la France que cette duplicité n'était pas digne d'elle. De la même façon, la
décolonisation était devenue inéluctable dès lors que les troupes
françaises se déshonoraient en Algérie en ayant recours à la torture. Si
la République était alors le principe de gouvernement de la métropole,
c'est l'empire sous sa forme la plus brutale qui prévalait en
Algérie! » *** « Les républiques antiques étaient
organisées selon un modèle de société aristocratique qui excluait une
large part de la population de la conduite des affaires de la cité. S'il
existait, comme à Athènes, une culture de débat public, on ne pouvait
guère parler de démocratie dans la mesure où seuls quelques privilégiés
étaient en droit d'exprimer leur point de vue. Cette élite se pensait,
sinon au-dessus du peuple, du moins à part. Le coup de génie de la République française
est d'avoir vu le jour peu après la démocratie. Elle est née du suffrage
universel, scellant ainsi une union avec la démocratie qui repose sur le
peuple. Dès ses origines, la République a d'ailleurs
admis l'existence d'une élite. Incontestablement, les députés de la
Convention formaient une élite. Non pas parce qu'ils se voulaient tels,
mais parce que le peuple les considérait ainsi. Dans une période
extraordinairement confuse, le peuple, appelé à voter pour la première
fois, avait choisi ceux qu'il considérait être les plus capables de le
conduire au milieu de tant d'écueils. Ceux qui étaient les mieux à-mêmes
de le protéger. C'est ça une élite. Un groupe d'individus qui
se distinguent de la masse en fonction des qualités qui leur sont
reconnues et qu'ils ont pour vocation d'utiliser au profit du plus grand
nombre. Rousseau lui-même n'en donnait pas une autre
définition dans son Discours sur l'origine et les
fondements de l'inégalité parmi les hommes : « Pourquoi les Peuples se sont-ils donné
des supérieurs, si ce n'est pour les défendre contre l'oppression, et
protéger leurs biens, leurs libertés, et leurs vies, qui sont pour ainsi
dire, les éléments constitutifs de leur être ? ». Protéger le peuple, telle est la vocation
d'une élite. Il en a toujours été ainsi. Au Moyen-Age, le pouvoir du
seigneur reposait, non seulement sur la force, mais aussi et surtout sur
ce devoir d'assistance qui le liait aux paysans. Lorsque ceux-ci se
sentaient menacés, ils venaient se réfugier dans le château-fort du
seigneur et se plaçaient sous sa protection. Les privilèges de la noblesse n'avaient de
sens que parce qu'ils trouvaient leur contrepartie dans l'impôt du sang.
Ainsi, les dynasties féodales pouvaient prétendre être exemptées d'impôt
dès lors qu'elles avaient pris leur part, non seulement aux victoires du
roi de France, mais aussi aux humiliations reçues sur les champs de
bataille d'Azincourt, de Crécy et de Pavie. C'est parce que la noblesse est devenue
essentiellement honorifique à partir du XVIIème siècle qu'elle n'a pu
enrayer son déclin. Le peuple n'a plus accepté les privilèges dans la
mesure où ils n'étaient plus assortis de devoirs à son égard. C'est
l'armure, et non la perruque poudrée, qui inspiraient le respect au
peuple. Cette élite là avait perdu son sens. Elle
avait vécu. Estimant qu'elle n'était plus en mesure de le protéger, le
peuple à choisi de s'en remettre à d'autres mains. Avec davantage de
vigilance concernant le respect des devoirs. La Convention était donc placée sous l'étroite
surveillance du peuple. Régulièrement, celui-ci – sous la forme d'une
délégation de sectionnaires en armes, d'un groupe de veuves de guerre ou
d'un quarteron d'indigents – s'invitait souverainement à la tribune de
l'Assemblée pour rappeler aux parlementaires qu'ils siégeaient avant tout
pour trouver des solutions aux problèmes concrets, et souvent pressants,
de la population. Et les Conventionnels tremblaient car ils savaient
qu'ils ne tenaient leurs prérogatives que du peuple qui pouvait les leur
retirer à tout moment. Par l'insurrection. Si la situation de la France n'est pas aussi
dramatique que sous la Convention – qui devait à la fois surmonter une
guerre civile, une invasion étrangère et une crise financière sans
précédent -, le peuple n'en est pas moins en droit d'exiger de ses
élites qu'elles atténuent ses souffrances et ses angoisses. Cette exigence légitime ne s'adresse pas uniquement aux représentants du peuple, aux élus, mais aussi aux élites. A ceux que le peuple reconnaît pour leurs qualités intellectuelles ou personnelles comme capables de comprendre ses besoins, de lui expliquer la conduite à tenir dans l'épreuve et de contribuer à la solution des problèmes identifiés. Ainsi, les hauts-fonctionnaires, les universitaires, les journalistes, les chefs d'entreprise ont un rôle particulier dans cet effort de guerre demandé à tous. Mais ils ne doivent pas oublier que c'est le peuple qui fait d'eux des élites. »
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